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David Thibodeau nous parle de son expérience aux Jeux du Canada et de la place de la communauté 2SLGBTQ+ dans le sport 

David Thibodeau nous parle de son expérience aux Jeux du Canada et de la place de la communauté 2SLGBTQ+ dans le sport 

June 18, 2020

L’inclusion étant l’une des valeurs fondamentales des Jeux du Canada, nous avons à cœur de créer un environnement où chacun se sent accueilli et accepté. Nous tenons à remercier David Thibodeau, nageur du Nouveau-Brunswick aux Jeux du Canada 2013, d’avoir eu cette conversation avec nous et de nous avoir montré de nouvelles façons d’incarner nos valeurs. Depuis son passage aux Jeux, David est devenu ambassadeur You Can Play et il a été une mine de connaissances sur l’inclusion pour notre organisation. David a eu la générosité de nous parler de son expérience aux Jeux du Canada et de son travail visant à mettre fin à tout type d’homophobie et de transphobie dans le sport.

Commençons par vous remercier d’avoir pris le temps de discuter avec @CanadaGames à l’occasion du Mois de la fierté. Avant d’entrer dans le vif du sujet, nous nous demandions comment vous aviez composé avec la distanciation physique. Comment vous êtes-vous occupé? 

Je suis nageur et entraîneur; je n’ai jamais passé autant de temps hors de la piscine depuis que je suis tombé amoureux du sport. C’est difficile d’être empêché de pratiquer son sport pendant aussi longtemps. À ce moment-ci du confinement, un plongeon ou juste l’odeur du chlore me ferait un bien immense. La saison de natation a également été écourtée, ce qui est un véritable crève-cœur pour mes nageurs qui ont travaillé si fort cette année. Depuis le début du confinement, je renoue avec des passe-temps que j’avais délaissés dernièrement. Je lis beaucoup plus. Je me replonge dans des favoris, comme Harry Potter, mais je fais aussi de nouvelles découvertes. J’ai également adopté de nouveaux passe-temps, comme le yoga. J’ai pris soin de rester actif intellectuellement et physiquement, pour ma santé mentale. Pour mieux vivre avec la distanciation sociale, j’ai aussi gardé le contact avec mes amis et ma famille grâce aux médias sociaux et aux appels vidéo.

Quelle importance a eu pour vous votre participation aux Jeux du Canada 2013 en tant que nageur du Nouveau-Brunswick? 

Faire partie de l’Équipe Nouveau-Brunswick à ces Jeux a été le moment le plus exaltant de ma carrière d’athlète. C’est ce qui m’a poussé à continuer de m’impliquer dans le sport. Ma coéquipière était porteuse de drapeau à la cérémonie d’ouverture. Nous avons marché à ses côtés, à la tête d’Équipe Nouveau-Brunswick, et l’atmosphère dans le stade était électrisante. C’était tout un honneur que de représenter ma province à l’échelle nationale. Et même si je n’ai pas participé aux finales, je me souviendrai toute ma vie de mon passage aux Jeux. La raison d’être des Jeux du Canada est de renforcer le tissu de la société canadienne grâce au pouvoir du sport. J’essaie toujours de présenter et de concevoir le sport comme un lieu de rassemblement, que ce soit en tant qu’entraîneur, athlète ou militant, ou comme Young Sport Maker devant les leaders mondiaux du sport à Paris. 

Comment avez-vous vécu les Jeux en tant qu’athlète 2SLGBTQ+? 

Aux Jeux, j’étais encore dans le placard. En 2013, très peu d’athlètes avaient dévoilé leur orientation sexuelle, et je me sentais très isolé. On n’avait pas encore eu ces conversations sur la place de la communauté 2SLGBTQ+ dans le sport, et je n’arrêtais pas de me dire que mes sentiments n’étaient pas justifiés. Même si j’étais avec tous mes amis, je me sentais si seul. J’étais incapable d’être moi-même et de profiter à fond des Jeux. En rétrospective, si j’avais été fidèle à moi-même, je crois que j’aurais réussi à repousser davantage mes limites. J’aurais aussi mieux profité des activités qui avaient lieu dans le village des athlètes pour renforcer l’esprit d’équipe.

Vous vous êtes fait défenseur de la communauté 2SLGBTQ+ dans le sport, notamment en assumant le rôle d’ambassadeur You Can Play. En quoi You Can Play vous a-t-il interpellé, et quel a été votre travail auprès de l’organisme jusqu’à présent? 

Au cas où les lecteurs ne connaissent pas You Can Play, je précise que cet organisme lutte contre l’homophobie dans le sport. Il milite pour l’éradication de tout type d’homophobie et de transphobie, et c’est ce qui m’a interpellé. J’ai voulu faire entendre ma voix et mon histoire pour éviter aux autres de vivre la même chose que moi. Mon travail a notamment consisté à faire une présentation à la conférence Egale OUTShine, à collaborer avec Entraîneur Nouveau-Brunswick à l’élaboration d’un guide pour les entraîneurs travaillant avec des athlètes 2SLGBTQ+, et à militer pour l’inclusion, à titre de Young Sport Maker, lors de la Global Sports Week Paris 2020. Je suis ravi des progrès accomplis, mais il y a encore tant à faire!

Avez-vous pu poursuivre la conversation pendant la pandémie de COVID-19? 

C’est une situation inédite et éprouvante pour tout le monde, mais nous devons poursuivre ces conversations. Une fois le déconfinement autorisé, peut-être qu’elles auront donné lieu à une société plus juste. Pendant la pandémie, nous avons mis l’accent sur l’éducation et la sensibilisation. La conversation se poursuit à bien des égards comme auparavant, mais de façon virtuelle, par exemple lors de tables rondes et de discussions en ligne, d’événements virtuels où nous soulevons la question de l’inclusion des personnes 2SLGBTQ+, ou d’entrevues comme celle-ci. Nous travaillons à l’heure actuelle avec le comité organisateur de Niagara 2021 pour planifier l’événement de l’an prochain, donc de belles choses se préparent.

Auriez-vous aimé voir plus d’athlètes 2SLGBTQ+ quand vous étiez jeune? Pourquoi cette représentation a-t-elle de l’importance pour les jeunes?

Je crois qu’il est vital que les personnes 2SLGBTQ+ soient représentées dans toutes les sphères de la société, y compris le sport. J’ai passé la majeure partie de ma carrière de nageur dans le placard. J’ai abandonné la natation à ma deuxième année d’université parce que je sentais que je n’avais pas ma place. Mon passage à l’université a été marqué par de grands changements personnels. J’ai appris à m’accepter et à mieux vivre avec moi-même, mais je ne voyais personne comme moi dans mon sport et dans le sport en général. La personne que je devenais était incompatible avec celle que j’étais. Cette représentation aide les gens à sentir qu’ils ont leur place et qu’ils ne sont pas seuls. Si la communauté 2SLGBTQ+ avait été mieux représentée dans le sport, je me serais senti mieux accepté. La visibilité permet de normaliser le fait d’être 2SLGBTQ+ dans notre société, en plus d’inspirer les jeunes générations. Ces jeunes bénéficient ainsi de modèles qui les incitent à se dépasser.

Beaucoup de gens appuient sans réserve la communauté 2S2SLGBTQ+, mais d’autres ne comprennent pas tout à fait comment devenir un allié. Pouvez-vous nous expliquer ce que signifie être un allié pour vous?

Un allié sait quand écouter, et quand se servir de sa voix pour défendre nos intérêts. Il écoute les inquiétudes et les problèmes des personnes 2SLGBTQ+, et s’emploie à apporter des changements en fonction de ce qu’il a entendu. Nous vivons des expériences dont les hétérosexuels n’ont pas conscience. Il peut s’agir de commentaires subtils, de remarques, voire de pratiques et de politiques discriminatoires à l’égard des personnes 2SLGBTQ+. Un allié se sert de ce qu’il a appris pour apporter des changements dans sa vie. Un allié efficace n’est pas forcément militant; il reconnaît les actes blessants qu’il a commis, et il change son comportement.

Quels sont vos espoirs à l’égard de la prochaine génération d’athlètes aux Jeux du Canada, qu’il s’agisse des alliés ou des membres de la communauté?

J’espère que personne ne se sentira exclu, isolé ou seul. Les Jeux du Canada sont l’occasion pour les jeunes athlètes de vivre une expérience sportive exceptionnelle. J’espère que chaque personne qui y participe pourra profiter de toutes les expériences, qu’il s’agisse d’échanger des épinglettes, de rencontrer de nouveaux amis, de prendre ses repas en groupe et de compétitionner à l’échelle nationale, sans crainte. Je souhaite que chaque personne soit fière d’être elle-même, et qu’elle reste fidèle à son identité.

Nous sommes immensément fiers d’appuyer des personnes comme David, qui racontent leur histoire et qui défendent la place des personnes 2S2SLGBTQ+ dans le sport. Nous continuerons de nous employer à faire des Jeux du Canada le milieu le plus accueillant, ouvert et inclusif possible.   

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