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Assurer l’essor du tennis - Stacey Allaster

Assurer l’essor du tennis - Stacey Allaster

March 8, 2021

Par: Christopher Séguin

Le jeudi 20 janvier 2021. 

À première vue, on aurait cru ce jour-là sans grande importance, un autre jour d’hiver froid et gris du mois le plus sombre de l’année ici au Canada.  

Mais pour Stacey Allaster, née à Welland, en Ontario, et résidant actuellement en Floride, c’était une date qu’elle n’oubliera pas de si tôt. Ce jeudi-là, alors que l’horloge indiquait quelques minutes après midi, Allaster, qui est la toute première femme directrice de tournoi du US Open, a marqué une pause pendant notre entrevue pour partager une grande nouvelle. 

« Il est 12 h 03, et on peut maintenant dire officiellement que Kamala Harris est vice-présidente. Elle a proclamé “Je suis la première femme vice-présidente, mais je ne serai pas la dernière” », déclare Allaster. « Moi non plus, je ne serai pas la dernière femme nommée au poste de directrice de l’US Open. »

C’était tout à fait approprié que le jour où nous nous sommes donné rendez-vous soit le jour de l’inauguration de la première vice-présidente, car tout comme Kamala Harris, Allaster a passé sa carrière à ouvrir la voie. Originaire de Niagara, cette ancienne des Jeux du Canada de 1989 a fait éclater de nombreux plafonds de verre au fil des ans. 

Le plus étonnant, même pour Allaster, c’est que le parcours qui l’a mené jusqu’à la plus grande scène de tennis au monde a commencé dans la ville des roses, grâce, en partie, à l’organisme national du sport ici au Canada.

Stacey Allaster (centre) poses for a photo with Ana Ivanovic (left) and Serena Williams (right) prior the first round robin match of the 2014 WTA Finals in Singapore. Allaster played an integral role in the creation of a five-year partnership with Singapore to host the WTA Finals from 2014-2018 (Credit: United States Tennis Association)

« J’étais une enfant très chanceuse », se rappelle Allaster, expliquant comment elle a découvert le tennis. « C’était un programme de Tennis Canada qui cherchait à initier plus de jeunes au sport. Deux bourses étaient offertes à une fille et à un garçon en huitième année à chaque école élémentaire. J’ai été choisie par les enseignants à St. Kevin’s, et j’ai reçu le statut de membre au club de tennis dans ma communauté ainsi que six semaines de leçons et une raquette Fisher.

« Sans aucun doute, ce programme de Tennis Canada a changé ma vie pour toujours et m’a lancé sur mon parcours professionnel. »

Ce programme a été transformateur pour Allaster parce qu’il lui a permis de découvrir le Welland Tennis Club, un endroit qui est devenu en gros le deuxième foyer de la jeune athlète. C’est là, sous la tutelle et le mentorat de Dutchy Doerr, le professionnel à la tête du club entre 1969 et 1992, qu’Allaster a cultivé sa passion pour le sport.   

« C’était la fondation », déclare Allaster, en parlant du Welland Tennis Club, dont elle est devenue membre à l’âge de 12 ans dans les années 1970, et où elle a passé chaque été au cours de la prochaine décennie. « C’est là où j’ai appris à jouer et où je suis tombée amoureuse du sport, et évidemment que j’avais un entraîneur et un mentor génial, Dutchy. » 

C’est aussi à ce club, que l’on surnomme affectueusement « The House That Dutchy Built » (la maison que Dutchy a construite), qu’Allaster a décroché son premier emploi à l’âge de 13 ans : elle nettoyait les courts en terre battue rouge pour une pièce de vingt-cinq sous ou une boisson gazeuse. Plus tard, elle est devenue instructrice professionnelle et gestionnaire du club, tout dans le but de payer ses leçons de tennis, son équipement et ses études universitaires.

Allaster (dernière rangée, deuxième à gauche) avec l’équipe de soccer de Notre Dame College en 1979. La photo a été publiée dans l’annuaire de l’école. Pendant sa jeunesse passée à Welland et à Niagara, elle jouait beaucoup au tennis et au soccer et faisait souvent du ski sur une petite colline à Niagara.

« Dutchy me demandait de l’aider dans son travail, et j’étais très contente d’en avoir l’occasion. Être aussi jeune et avoir la permission de nettoyer les [courts en terre battue] rouges au filet à traîner et de les balayer. J’ai toujours voulu les casser, mais il ne me laissait pas monter sur le tracteur. En y repensant, je croyais vraiment avoir remporté le gros lot quand il me laissait les arroser », dit Allaster, âgée de 57 ans, en riant. 

« Ensuite, quand j’avais 16 ans, je suis devenue instructrice de tennis certifiée par Tennis Canada et j’ai commencé à donner des leçons. J’ai gardé mon tout premier chèque, qui était de 15 dollars, soit cinq dollars de l’heure. 

« Enseigner le tennis, c’était pour moi un moyen de gagner un peu d’argent pour que je puisse payer mes propres leçons, mes raquettes et mes chaussures. Et j’apprenais à devenir une femme d’affaires. Plutôt que de faire cuire des hamburgers, j’étais chargée d’élaborer les programmes juniors et de mettre au point le marketing et les stratégies de vente pour les produits et les services. En fin de compte, ces années formatrices constituent le fondement de mes réussites entrepreneuriales et commerciales. »

Son éthique de travail inépuisable, une caractéristique qui a défini Allaster tout au long de sa carrière, n’est pas quelque chose qu’elle a découvert de soi. En grandissant, elle a profité du soutien précieux de ses deux parents et habitait avec sa mère, qui a beaucoup sacrifié pour que sa fille puisse poursuivre ses rêves. Elle a été profondément influencée par ses parents, ainsi que par ses deux grands-mères travailleuses; ses héros l’ont inspirée à toujours travailler plus fort que les autres, sur le court et hors de celui-ci. 

« Ma mère m’a donné tout ce qu’elle a pu », se rappelle Allaster, originaire de Welland. « Avoir ces modèles qui travaillaient toujours si fort et qui avaient confiance que je puisse réaliser tous mes objectifs, les observer travailler et faire des sacrifices pour leurs familles m’a beaucoup motivé. »

Allaster (première rangée, première à droite) avec l’équipe de tennis féminine des Mustangs de l’Université Western (1985-86). L’équipe a remporté le championnat de l’Association sportive intercollégiale des femmes de l'Ontario. (Source : John P. Metras Sports Museum)

Grâce au soutien de sa mère, Allaster a déménagé à London, en Ontario, pour poursuivre ses études à l’Université Western, où elle a connu de grands succès, autant en cours que sur les courts. Elle jouait dans la quatrième position dans l’équipe de tennis des Mustangs, et est demeurée invaincue dans les matchs de simples tout au long de sa carrière collégiale, qui a duré de 1982 à 1986. Elle a également remporté le championnat en double de l’Association sportive collégiale des femmes de l’Ontario avec sa partenaire Vicky Basset, la sœur de Carling Bassett.

Bien que les années qu’Allaster a passées à jouer le sport qu’elle aimait tant à Western étaient marquées par ses triomphes, des rôles hors du terrain semblaient toujours l’appeler. Heureusement pour cette Canadienne ambitieuse, son deuxième foyer ici à Niagara lui a permis de se frayer un chemin pour suivre sa vocation.

Quand elle avait 20 ans, Allaster a fait la rencontre de Elliott Kerr, le directeur de IMG Canada, dans le cadre de son travail au Welland Tennis Club. Avec l’appui de Doerr, elle a mérité le poste d’été de messagère pour IMG Canada, qu’elle a exercé au Tournoi de tennis du Canada (aujourd’hui l’Omnium Banque Nationale). Quelques années plus tard, son entraîneur de longue date a encore aidé la jeune diplômée à se trouver du travail : elle a accepté un emploi au Prince Hotel travaillant pour Harry Fritz, un ancien professionnel de tennis canadien et américain, dont le neveu est Taylor Fritz, le deuxième meilleur joueur américain participant actuellement au circuit ATP. 

En juin 2014, Allaster est la récipiendaire d’un doctorat honorifique en droit de l’Université Western. L’originaire de Welland a d’abord été diplômée en économie et en éducation physique avant de faire sa maîtrise en administration des affaires à la Ivey Business School de Western. (Source : Ivey Business School)

« J’enseignais le tennis pour Harry, et ensuite Harry m’a aidé à obtenir le poste de directrice du programme de tennis au Richmond Hill Country Club, un très grand club », explique Allaster. « En même temps, Barry Sharp, qui était à la tête du programme d’affaires au Collège Niagara, m’a offert l’occasion d’enseigner dans le programme pour adultes, où j’ai enseigné le droit commercial.  

« Donc, je me déplaçais entre Toronto et Welland pour enseigner. Quand j’étais au Richmond Hill Country Club, j’ai participé aux championnats nationaux du Canada à titre d’entraîneuse privée, et c’est là que Bob Wood de la Ontario Tennis Association m’a remarqué et m’a dit : “nous avons un poste pour toi.” »

Enthousiaste à l’idée d’un emploi à temps plein et de ne pas devoir toujours se déplacer, Allaster a accepté l’offre de Wood et a fait son entrée dans le monde administratif et réglementaire du tennis. Occupant d’abord le poste de représentante de l’adhésion à la OTA, Allaster a bientôt été élevée au poste de directrice du développement des joueurs, le rôle qui l’a mené aux Jeux du Canada de 1989 à Saskatoon, en Saskatchewan. 

« Je me souviens d’avoir été époustouflée à la Cérémonie d’ouverture. À ce moment, je me suis dit, “wow, sûrement là, c’est l’expérience la plus proche d’une expérience olympique que je vivrai” », raconte Allaster, la gestionnaire de l’équipe de tennis de l’Ontario à Saskatoon 1989, qui avait 26 ans à l’époque. « C’était incroyable, et cette expérience sportive demeurera pour toujours une des plus mémorables de ma carrière professionnelle. »

Allaster (au centre) prise en photo avec les autres personnes avec qui elle a été intronisée au Welland Sports Wall of Fame dans le Seaway Mall. Les autres membres de la classe de 2015 étaient Wes Pierce (premier à gauche), Sandy Billyard (deuxième à gauche), Ken Breitenbach (deuxième à droite) et Michele O'Keefe (première à droite) (Source : Lev8 Low Level Aerial Photography and Digital Media)

Allaster’s Ontario squad at the 1989 Canada Games was also littered with plenty of talent. In the years that followed their participation in Saskatchewan, all nine of her players wound up playing tennis in the NCAA. Plus, a handful like Monica Mraz, Mandy Wilson and Roy Moscattini, earned All-American honours during their respective collegiate careers. At the same time, the competition in Saskatoon also featured the likes of Jennifer Bishop, Tennis Canada’s future Board Chair, who was making her second Canada Games appearance as a player for her home province of Newfoundland and Labrador.

« C’était sans doute leur moment olympique, parce que c’est exactement à cela que ça ressemble », dit Allaster, en parlant de ses joueurs de l’Équipe Ontario aux Jeux de 1989. « J’ai maintenant participé à plusieurs Jeux Olympiques, et les Jeux du Canada sont tout à fait semblables, sauf qu’ils ont lieu dans notre pays. »

C’est la raison pour laquelle, entre autres, Allaster est ravie que la 28e édition des Jeux du Canada ait lieu l’été prochain dans sa ville natale. « J’ai très, très hâte que la région de Niagara accueille les meilleurs athlètes canadiens en 2022 », déclare-t-elle. « Je crois qu’après la pandémie, cet événement sera une grande source d’inspiration pour beaucoup de gens. Non seulement ils prendront plaisir à être spectateurs ou bénévoles des Jeux, mais aussi, ils seront en admiration devant le talent des athlètes canadiens qui y participent.

« Les jeunes aussi seront inspirés, et les Jeux laisseront en héritage des installations de classe mondiale nouvelles et rénovées pour la prochaine génération. D’ailleurs, il ne faut pas penser au sport en tenant compte uniquement des athlètes : c’est une très grande industrie au Canada. C’est sûr qu’il y aura une autre Stacey Allaster qui ressortira des Jeux du Canada. De nombreux administrateurs canadiens de haut niveau sont originaires de Niagara. Tout le monde me dit, “mais qu’est-ce qu’il y a dans l’eau dans la région de Niagara?” »

Allaster est intronisée au Temple de la renommée de la Coupe Rogers en 2011, en même temps que Andre Agassi, ancien numéro un au monde et champion du Grand Chelem à huit reprises. Allaster, qui a travaillé pour Tennis Canada pendant presque 15 ans, a été directrice au Tournoi de tennis du Canada à Toronto (aujourd’hui l’Omnium Banque Nationale) entre 2001 et 2005. (Source : Tennis Canada/Omnium Banque Nationale)

Quant à cette assertion, Allaster n’a pas tort. La liste des administrateurs sportifs cultivés à Niagara semble infinie, et comporte de nombreux noms connus, comme Paul Beeston (les Toronto Blue Jays), Sandra Gage (Canada Soccer), Kelly Murumets (Tennis Canada/ParticipACTION), Peter Montopoli (Canada Soccer), et Michele O’Keefe (Canada Basketball). Comme tous ces professionnels, Allaster a laissé sa marque sur le sport qu’elle adore à partir du plus haut cadre de celui-ci.  

En 1991, après avoir été refusée trois postes à Tennis Canada, elle s’est finalement trouvé une place en tant que coordonnatrice des projets spéciaux. Malheureusement, c’est aussi à cette époque que se sont présentés les défis qui accompagnent le travail dans une industrie à prédominance masculine, comme le secteur sportif.

« Je me souviens du temps que j’ai passé dans les bureaux de l’Université York lorsque je travaillais pour Tennis Canada. Je n’avais jamais pensé être féministe, parce que j’étais naïve », explique Allaster, qui a occupé divers postes à Tennis Canada pendant presque 15 ans. « Je croyais que j’allais travailler très, très fort, et obtenir des résultats exceptionnels, et que c’était comme cela que ça se passerait. Mais à 32 ans, j’ai heurté ce plafond, et j’ai commencé à comprendre les efforts que poursuivent les femmes depuis maintenant plus de 100 ans pour revendiquer leurs droits au sein de la société. » 

Mais Allaster n’a pas abandonné. S’acquittant de son travail avec toute la ténacité qui lui est devenue caractéristique, elle a continué à se pousser en dépit de tout obstacle qui se présentait, et a fini par obtenir les résultats escomptés. Elle a été élevée au poste de vice-présidente des ventes corporatives et du marketing avant d’être nommée directrice du Tournoi de tennis du Canada (aujourd’hui l’Omnium Banque Nationale) en 2001, faisant d’elle la toute première femme à porter ce titre dans le cadre d’un événement de la série Masters du circuit ATP.

Entre 1995 et 2005, Allaster a réussi à doubler les commandites à Tennis Canada. Parmi celles-ci, on compte le remplacement de la commandite des compagnies de tabac par l’obtention de la commandite en titre de la Coupe Rogers. De plus, pendant son mandat comme directrice de tournoi, elle a contribué à augmenter les revenus de plus de 300 pour cent et la participation à l’événement tenu à Toronto de plus de 50 pour cent, établissant des records mondiaux pour un tournoi d’une semaine. Elle faisait également partie de l’équipe qui a mis sur pied le Centre Aviva en 2004, une installation de classe mondiale à Toronto qui est toujours en service.   

Allaster (à droite) avec Bianca Andreescu (à gauche) et son entraîneur, Sylvain Bruneau (au centre), après la victoire historique de Andreescu à l’US Open de 2019. Andreescu a vaincu Serena Williams lors de la finale du tournoi pour devenir la première Canadienne à remporter un titre en simple du Grand Chelem et la couronne de l’US Open.

Il ne fait aucun doute que suite à son départ de Tennis Canada en 2005, la situation financière de l’organisme national de sport s’était nettement améliorée, ce qui lui a permis de favoriser le développement du sport et de certains des joueurs canadiens les plus célébrés de nos jours.

« Notre rêve, c’était d’avoir des champions du Grand Chelem, » dit Allaster, qui était présente en 2019 lorsque Bianca Andreescu est devenue la première Canadienne à remporter un titre en simple au Grand Chelem en gagnant la couronne de l’US Open. « Maintenant, Tennis Canada en est rendu là. La preuve, c’est la profondeur des aspirations de Bianca, de Denis [Shapovalov], de Felix [Auger-Aliassime], et Vasek [Pospisil], et d’autres juniors qui s’épanouissent, et les joueurs canadiens doués, ils sont très nombreux. Ma passion, finalement, c’est de voir le sport grandir, et c’est certain que les étoiles actuelles inspirent les Canadiens et les Canadiennes à regarder et à jouer au tennis. Maintenant qu’un plus grand nombre parmi eux s’emparent d’une raquette, ce n’est plus toujours que “le hockey, le hockey, le hockey.” » 

En 2006, suivant la décennie et demie qu’elle a passée dans les bureaux près de l’Université York, Allaster a été choisie par Larry Scott pour se joindre à l’équipe de la Women’s Tennis Association (WTA) au titre de présidente. Dans l’espace de trois ans, elle est devenue la deuxième femme à être présidente du Conseil et directrice générale de l’organisation, et ce n’est guère surprenant que les accomplissements de son équipe aient été remarquables.

Elle a joué un rôle intégral dans l’obtention de prix monétaires égaux à Wimbledon et à Roland Garros et a veillé à la croissance du jeu féminin dans le monde jusqu’à atteindre 54 événements dans 33 pays. Allaster a également réussi à obtenir un nombre record de nouvelles commandites et a contribué au développement du tennis féminin dans la région de l’Asie-Pacifique, notamment par l’entremise d’un partenariat de cinq ans avec Singapour, qui a organisé les Finales de la WTA entre 2014 et 2018. À l’époque, c’était le plus grand marché jamais conclu dans l’histoire de la WTA.

Travaillant au titre de présidente du Conseil et directrice générale de la WTA, Stacey Allaster (au centre) est prise en photo au Gardens by the Bay avant les Finales de la WTA de 2014 qui ont eu lieu au Singapore Sports Hub à Singapour. La Canadienne Eugenie Bouchard (deuxième à droite), ancienne des Jeux du Canada Î.-P.-É. 2009, est parmi les huit joueuses qui ont participé à cet événement. (Credit: Tennis Leader)

« J’ai pu assurer la stabilité financière de l’organisation et ainsi optimiser le développement continu du principal sport professionnel féminin », déclare Allaster, qui a exercé le deuxième plus long mandat comme présidente et DG du WTA dans l’histoire de l’association, soit entre 2009 et 2015. « J’ai obtenu des contrats pour les médias, les commandites et les droits aux Finales de la WTA s’élevant à 1,5 milliard de dollars, qui, à l’époque, revêtait d’une grande importance pour un sport féminin, en plus de constituer une fondation solide pour le travail entrepris par le prochain groupe de direction.

« Faire partie de l’équipe, à la ligne d’arrivée, qui a pu instaurer des prix monétaires égaux à Roland Garros et à Wimbledon a été très mémorable. D’ailleurs, globalement, les prix monétaires distribués dans la WTA ont augmenté de 100 %. Je suis très fière de cette réussite et de la croissance financière que nous avons réalisée au nom des meilleures athlètes féminines au monde. »  

La diplômée de l’Université Western a finalement démissionné de son poste à la WTA en octobre 2015 pour prendre une pause bien méritée. Les 160 jours de voyage par an que nécessitait son travail pour le tournoi féminin étaient parfois source d’épuisement. En s’éloignant du tennis pendant cette période, Allaster a eu l’occasion de passer plus de temps en famille dans leur foyer à St. Petersburg, en Floride. Elle a pris des vacances en Inde avec son mari, John, lors desquelles ils ont renouvelé leurs vœux de mariage. 

Mais Allaster n’a pas laissé le sport de côté longtemps. Six mois après son départ de la WTA, elle a rejoint la United States Tennis Association (USTA) dans le rôle d’administratrice générale du tennis professionnel, un poste qu’elle exerce encore aujourd’hui. En juin dernier, elle a également été nommée directrice de tournoi du US Open, faisant d’elle la première femme à occuper ce poste dans l’histoire de 140 ans du tournoi. 

Allaster sourit au USTA Billie Jean King National Tennis Center en juin 2020 suite à l’annonce qui l’a présentée officiellement comme la première directrice de tournoi féminine dans toute l’histoire de 140 ans de l’US Open. (Source : United States Tennis Association)  

« Le 17 juin, quand je l’ai entendu pour la première fois, qu’on me présentait en tant que directrice de tournoi au USTA Billie Jean King National Tennis Center, dans le stade Arthur Ashe, j’étais complètement émerveillée, et même à ce jour, je me pince encore de temps en temps », raconte Allaster, qui avait collé une affiche du US Open de 1988 au mur de son bureau quand elle travaillait pour la OTA et Tennis Canada. 

« Cette jeune fille de Welland, en Ontario, qui était quelque peu douée au tennis, mais qui n’avait pas de contacts dans le secteur sportif canadien, s’est retrouvée à la tête de Tennis Canada, puis dans le poste de présidente et directrice [de l’association] du sport professionnel [féminin] le plus important, pour ensuite coordonner le tennis professionnel dans le cadre du plus grand organisme national directeur de sport au monde, et enfin, a été la première femme à être [directrice de tournoi] du US Open.

« Si on avait écrit cela à l’époque, tout le monde aurait dit, “ouais, ouais, tu délires, ça ne se passera jamais,” mais c’est effectivement ce qui s’est passé! » 

Mieux encore, et encore plus surréaliste pour la Canadienne Allaster, on a fait cette annonce au centre de tennis nommé en l’honneur de Billie Jean King, qui est largement reconnue comme étant une des meilleures joueuses de tennis de tous les temps et une pionnière de l’égalité des sexes. « C’est un très grand privilège de me tenir debout sur les épaules de Billie Jean », déclare Allaster, pour qui l’ancienne numéro un au monde a toujours été une source d’inspiration. « Le travail qu’elle a fait pour notre sport, et pour les femmes dans le sport, a véritablement ouvert la voie pour la création d’opportunités qui élèveront les jeunes Stacey Allasters, et qui [m’]ont permis de bénéficier des occasions qu’on m’a présentées du côté professionnel. 

« Elle est un modèle incroyable. J’ai le privilège d’affirmer qu’elle est mon amie, et que quand j’ai besoin d’un peu de motivation à la BJK, elle n’est jamais plus loin qu’un texto. Vous ne pouvez même pas vous imaginer à quel point ses mots, ses conseils et son soutien sont puissants, en plus d’être sincères et authentiques. »

En 2013, Allaster (au centre) célèbre le 40e anniversaire de la WTA et des prix monétaires égaux au US Open avec Billie Jean King (à gauche) et Victoria Azarenka (à droite) à l’Empire State Building, à New York. (Source : Billie Jean King)    

Vu les circonstances imposées par la pandémie, il est fort probable qu’Allaster avait besoin d’une dose de motivation à la BJK lors de l’US Open de l’année dernière. Chargées de diriger le tournoi pour la première fois lors d’une des saisons de tennis les plus difficiles à ce jour, la Canadienne et toute l’équipe de la USTA se sont montrées à la hauteur. Aucun spectateur n’a assisté au tournoi, mais la USTA a administré plus de 14 273 tests de COVID-19, dont seulement six ont été positifs (un taux de positivité de 0.04 %). Dans leur bulle new-yorkaise, elles ont accueilli de façon sécuritaire 90 des 100 meilleurs joueurs de tennis du côté des hommes, ainsi que 81 des 100 meilleures joueuses féminines, et ont mis 4 000 personnes au travail pour organiser l’événement, stimulant ainsi l’industrie de tennis américaine.

« Notre tournoi a été le premier événement sportif international organisé depuis la suspension mondiale des événements en raison de la pandémie. Nous étions en territoire inconnu », dit Allaster, en racontant son expérience à la tête du Western & Southern Open et du US Open de 2020, qui ont eu lieu entre le 20 août et le 13 septembre. « Chaque jour était une montagne russe d’émotions. Il n’existait pas de manuel. Chaque jour nous faisions face à de nouveaux défis.

« Et ce qui me pesait le plus personnellement, c’était la pensée que quelqu’un pourrait tomber très malade et mourir. Chaque matin je me levais à six heures, j’allumais mon téléphone, et je découvrais si un des tests avait été positif ou non. Alors, je n’ai pas eu beaucoup de sommeil, et je n’ai pas respiré jusqu’à ce que la dernière balle soit frappée dans les finales, parce que nous ne savions pas d’un jour à l’autre s’il faudrait annuler l’événement. »

Bien que les épreuves présentées par ce tournoi étaient sans précédent, Allaster a continué à faire valoir pourquoi elle est une des leaders du monde sportif et événementiel. Dans un secteur qui compte peu de femmes dans des postes de direction, l’ancienne des Jeux du Canada est une source d’inspiration pour les nombreuses femmes qui ambitionnent de devenir leaders dans le vaste monde des sports. Pour qu’elles puissent y arriver, Allaster est de l’avis que les organisations doivent se montrer plus délibérées et transparentes en ce qui concerne leurs stratégies pour encourager une représentation égale aux échelons élevés.

Allaster (à droite) et Chris Evert (à gauche), le champion du Grand Chelem à 18 reprises, pris en photo au guichet de la WTA lors du BNP Paribas Open de mars 2014 au Indian Wells Tennis Garden, à Indian Wells, en Californie. (Source : WTA)

« Il faut que vous fassiez un effort délibéré », dit Allaster. « Il faut que la voie à suivre soit bien définie, et que vous vous fixiez des objectifs mesurables pour lesquels vous devez rendre compte. Il faut que nous arrêtions de parler de l’égalité, de la diversité et de l’inclusion et que nous passions à l’action, en nous assurant d’être transparents par rapport à notre point de départ et au point où nous voulons en arriver. Il est grand temps de cesser de parler et de permettre à nos actions d’affirmer notre engagement.

« En plus des femmes exceptionnelles qui ont été mes modèles et Dutchy, j’ai aussi eu trois excellents mentors et parrains qui étaient des hommes et qui avaient beaucoup confiance en moi. Jim Fleck, Bob Moffatt and Derek Strang. Ils travaillaient tous pour Tennis Canada, et m’ont accordé la chance de briller en m’offrant des opportunités qui m’ont permis d’acquérir l’expérience nécessaire pour m’élever au cadre supérieur. Plus de 90 % des entreprises sont dirigées par des hommes, et pour cultiver plus de leaders féminins, nous avons besoin que ces hommes créent des opportunités pour les femmes et qu’ils s’investissent dans leur développement professionnel. De plus, en tant que collectivité, il faut que nous nous attaquions à nos préjugés culturels, qu’ils soient inconscients ou non, pour pouvoir affirmer que tous les garçons et toutes les filles de toutes les races et de toutes les orientations de genre sont doués, sont compétents et qu’ils devraient être traités également.

« Dans le monde sportif, il y a encore beaucoup de chemin à faire, et je me passionne certainement pour soutenir et inspirer la prochaine génération de leaders féminines et l’ensemble du secteur sportif féminin. Tout ce qui compose ma vie professionnelle revient au sport du tennis, et encore, quand on y réfléchit, je suis une personne d’une petite ville, d’un petit pays, qui n’est pas particulièrement douée au tennis, et pourtant, je joue sur la scène mondiale. 

“Anything is possible.”

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