Une lueur dans la noirceur

vendredi, 1st March 2019

By HipCheck Media

Après le Championnat canadien de boxe 2018, à Edmonton, une étape cruciale dans sa préparation pour les Jeux du Canada 2019, Zach Levesque a remercié son entraîneur et salué ses coéquipiers du Nouveau-Brunswick. Après les accolades, les sourires, les poignées de mains et les au revoir, le jeune homme de 17 ans est reparti dans son patelin de la baie des Chaleurs, dans le nord-est du Nouveau-Brunswick, pour poursuivre son entraînement. L’entraîneur de l’équipe provinciale, Joe Blanchard, et ses coéquipiers ne se doutaient pas qu’il s’agirait de la dernière compétition nationale de Zach et qu’ils ne reverraient plus jamais son sourire. 

Cinq mois plus tard, Zach s’enlevait la vie. 

« C’était un garçon extraordinaire. Il était très actif à l’école et dans divers organismes, et il aidait les jeunes à s’entraîner, se remémore Joe. Tout le monde qui avait la chance de le rencontrer l’adorait. 
Il était promis à un brillant avenir, et pas seulement comme boxeur ou comme athlète. Sa famille, ses amis, ses coéquipiers et les gens du coin étaient à la fois estomaqués et tristes d’apprendre son décès. C’était un magnifique jeune homme, à l’intérieur comme à l’extérieur. »
Le suicide est la deuxième cause de décès au pays chez les 15 à 24 ans, après les accidents; 4 000 Canadiens s’enlèvent la vie chaque année. Et parmi les jeunes Canadiens, aucun groupe n’est à l’abri de ces statistiques tragiques, même les athlètes d’élite. Au Canada, 3,2 millions de jeunes de 12 à 19 ans sont à risque de souffrir de dépression – un chiffre qui donne le vertige! Selon l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM), dans cette tranche d’âge, environ 5 % des jeunes hommes et 12 % des jeunes femmes ont vécu un épisode dépressif grave.

Malgré les progrès réalisés pour encourager les gens à parler des troubles émotionnels comme la dépression et l’anxiété, il y a encore de la stigmatisation. Celle-ci est encore plus prononcée dans le monde du sport, car les gens pensent que tous les athlètes sont aussi forts émotionnellement que physiquement. Ce n’est pas ce qu’indiquent les données. 

« C’est un problème majeur dont tous les entraîneurs, les athlètes et les membres du public doivent prendre conscience, affirme Fay McLaughlin, conseillère de première ligne en cas de crise, infirmière, entraîneure de haut niveau et formatrice en prévention du suicide chez LivingWorks (livingworks.net). La stigmatisation entourant la santé mentale est démesurément amplifiée chez les athlètes de haut niveau. Ils sont moins enclins à parler de leurs problèmes, considérant à tort qu’il s’agit d’une ‘‘faiblesse’’. Il faut que ça change à tous les niveaux du sport. » 
Mme McLaughlin estime que les entraîneurs ont besoin de plus de soutien pour aider leurs athlètes. « La santé mentale devrait faire partie de tous les protocoles d’entraînement. C’est important que les adultes dans la vie des jeunes athlètes soient en mesure de déceler les changements dans leur humeur ou leurs comportements. L’entraîneur pourra ainsi mobiliser tout le réseau d’adultes de l’athlète, par exemple ses parents et ses enseignants. Il est essentiel d’entretenir un dialogue ouvert. » 

Certains organismes sportifs directement touchés par le suicide ont pris des mesures concrètes de sensibilisation et de soutien. En 2016, la Ligue canadienne de hockey (LCH), en collaboration avec l’ACSM, a lancé le programme Talk Today pour les joueurs et les entraîneurs. 

« Tôt ou tard, la santé mentale nous touche tous directement ou indirectement, souligne David Branch, président de la LCH. Nous sommes heureux de collaborer avec l’Association canadienne pour la santé mentale dans le cadre de notre programme Talk Today. Il améliore grandement l’environnement de jeu de nos étudiants-athlètes. » 

L’ACSM affecte à chaque équipe un entraîneur en santé mentale, qui aide les joueurs à trouver les ressources et le soutien nécessaires en cas de besoin. Chaque équipe choisit un champion de la santé mentale, qui agit comme premier point de contact au sein de l’organisme et communique régulièrement avec l’entraîneur en santé mentale pour identifier les joueurs qui pourraient avoir besoin d’aide.

Heureusement, il existe des traitements efficaces pour la plupart des maladies mentales. Demander de l’aide, ou reconnaître qu’une personne en a besoin, est le premier pas. En matière de santé mentale, il reste beaucoup de travail à faire pour assurer la cohésion de la sensibilisation et du soutien. 

« Le portrait actuel de la santé mentale ressemble à celui des commotions cérébrales il y a 15 ans, explique Mme Mclaughlin, qui demeure optimiste. Nous comprenons mieux aujourd’hui les effets des commotions cérébrales sur la santé des athlètes. La plupart des organismes sportifs ont mis en place des protocoles de gestion des commotions cérébrales. Nous devons adopter la même approche pour les questions liées à la santé mentale. »

Pour le nouveau président du conseil d’administration des Jeux du Canada, Evan Johnston, le suicide chez les jeunes a une connotation très personnelle.   

« C’est triste, mais je sais très bien quelles sont les conséquences d’un suicide sur les proches et la communauté, parce que je l’ai vécu. Il est absolument nécessaire de vaincre la stigmatisation liée à la santé mentale, afin de promouvoir le dialogue ouvert et de prévenir de nouvelles pertes de vie tragiques, affirme-t-il. Lorsqu’un athlète commence à se sentir déprimé ou anxieux et que cela altère son humeur ou son comportement, il doit savoir qu’il peut obtenir de l’aide pour retrouver son état normal.  

L’objectif du Conseil des Jeux du Canada est de rendre le processus de demande d’aide plus facile et moins stigmatisant pour nos athlètes et les jeunes du pays. »

Selon M. Johnston, la santé mentale est une priorité pour le Conseil des Jeux du Canada. « La famille des Jeux du Canada n’oubliera jamais Zach Levesque. Nous ferons tout pour soutenir les athlètes et les jeunes Canadiens qui souffrent de dépression, d’anxiété ou de tout autre problème qui prévaut aujourd’hui, et ainsi contribuer à sauver des vies. »

Si vous souhaitez parler à un conseiller : 
Jeunesse, J’écoute : 1-800-668-6868
Ligne d’écoute d’espoir pour le mieux-être des Premières Nations et des Inuits : 1-855-242-3310

La ligne d'assistance du sport canadien

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